Mes garçons...

Mes garçons,

On m’a dit un jour que l’amour qu’une mère porte à ses enfants est un amour plus grand que nature.
Avant de te tenir toi, mon bébé, mon grand garçon, dans mes bras, je ne le croyais pas.

J’y avais rêvé, une fois. Je me suis réveillée cette nuit-là avec les larmes aux yeux tellement j’avais peur de ne pas en être capable. Tu sais, maman avait peur d’aimer autant. Parce que lorsqu’on aime, on a souvent mal. Pas une seule fois, je n’aurais pu m’imaginer pouvoir t’aimer autant, t’aimer d’amour, t’aimer de peur, t’aimer d’admiration, mon garçon.

Quand tu es né, mon premier enfant, j’ai compris. J’ai compris ce qu’était que vivre un amour plus grand que nature. Un amour pur, vrai, plus fort que tout. Je t’ai pris dans mes bras, alors que j’étais morte de fatigue, mais tellement heureuse. J’étais secouée par une foule d’émotions sur lesquelles j’étais incapable de mettre des mots. Puis, c’est arrivé. J’ai croisé ton regard. J’avais peur de l’inconnu. Mais je savais déjà que je t’aimerais plus que tout, et que grâce à cet amour, grâce à cette force, nous pourrions déplacer des montagnes, ensemble, toi et moi. Les premières tétées, les premiers câlins, les premiers faux pas, les premières nuits entrecoupées, les premières berceuses fredonnées à ton oreille, les premières papouilles. Tant de premières fois qui nous ont fait grandir. Qui m’ont fait grandir en tant que mère. Qui t’ont fait grandir, simplement, mon bébé.

Et puis, ton frère a pris place dans mon ventre. Longtemps je me suis demandée comment je pourrais l’aimer autant que toi que j’aimais déjà tant… quelle bêtise une fois de plus… Rien ne prépare une maman à l’arrivée d’un bébé prématuré.

Pour moi, l’expérience a commencé le 14 janvier 2019, lorsque la poche des eaux s’est fissurée à 7 mois de grossesse. Direction l’hôpital en urgence où je t’ai donné naissance une semaine plus tard.Ton séjour dans mon ventre a été difficile… Et, soudainement, tu étais là. Si petit et, en apparence, si fragile. Ton arrivée précipitée a été un choc pour moi. Je ne voulais pas de cette naissance avant terme moi qui en avait tellement peur comme ton frère était arrivé 1 mois avant. J’étais dans le déni et je ressentais beaucoup de culpabilité.

Est-ce que j’aurais pu, d’une façon ou d’une autre, éviter de t’infliger une naissance prématurée ? Si j’avais moins travaillé ? Si j’avais été alitée plus tôt ? Si j’avais vécu moins de stress ? Si j’avais été une femme enceinte plus zen ?

Ces questions m’ont habité dès mes premières contractions… Et elles risquent de me hanter encore longtemps ! Au-delà de la culpabilité, qui était présente dès mon hospitalisation, ta naissance a été un choc pour moi, car elle m’a précipitée dans un univers inconnu, où la médecine est omniprésente. Devoir me séparer de toi si vite, pour te retrouver en réanimation 3 heures plus tard, au milieu de tous ces fils et de ces alarmes incessantes, m’a profondément traumatisée. J’étais en colère, je me sentais coupable, impuissante et tellement vide. Un puits sans fond de tristesse… Je me répétais sans cesse : « je ne serai pas capable ». Je suis retournée à ton chevet quelques heures plus tard. J’ai mis les mains dans ta couveuse pour toucher ton petit corps chaud, plein de vie, mais sans pouvoir te prendre contre moi.

Une semaine plus tard j’avais enfin le droit à un câlin… Ce fut un moment tellement magique que je ne pense pas être en mesure un jour de te l’expliquer avec des mots. J’ai ressenti une paix intérieure comme si, à partir de ce moment, je savais que tout irait bien. J’allais me battre avec toi, à tes côtés, et nous allions sortir de ce cauchemar. Un autre choc m’attendait lorsque ce fut le temps de quitter l’hôpital sans toi, sans mon ventre mais avec les bras vides. Nous avons alors commencé une routine. Je passais mes journées entières à l’hôpital, où je tirais mon lait pendant trois heures pour que tu puisses le prendre par gavage.

J’étais là pour participer à tes soins, te chanter des berceuses par les petites fenêtres de ta couveuse, et te prendre en peau à peau quand ton état le permettait. Les alarmes étaient toujours là, en trame sonore, mais j’avais appris à connaître le degré d’urgence qui leur était associé. J’étais aussi capable de te stimuler au besoin. Le jargon médical de la prématurité n’avait plus de secret pour moi : mes discussions quotidiennes, avec les médecins et les infirmières, tournaient autour de la « désaturation » , des « phototherapie » et de ta digestion.

Cependant, je devais me séparer de toi chaque soir pour aller m’occuper de ton frère. Je me retrouvais alors loin de toi, avec mon tire-lait et mes peurs… J’avais peur des infections, des séquelles possibles, de la mort.

Peur que les problèmes s’intensifient lorsque tout allait mal ou d’un retour en arrière lorsque la situation s’améliorait. Dès l’aube, j’appelais l’hôpital pour prendre de tes nouvelles, connaître ton poids, avoir un résumé de ces quelques heures passées loin de toi et, je dois l’avouer, me préparer au pire avant de te rejoindre. Nous avons eu énormément de chance dans cette épreuve, car tu as eu un parcours de prématurée exemplaire.

Après trois semaines d’hospitalisation le jour tant attendu est finalement arrivé. Je sais que le combat n’est pas terminé mais maintenant j’ai confiance. Ce fut un soulagement immense de détacher tous les fils qui reliaient ton petit corps aux différents moniteurs. Nous pouvions enfin être tous ensemble, réunis à la maison. Aujourd’hui tu as 3 mois et je sais grâce à tes sourires que ça ira.

A vous mes garçons: je vous aimes

Maman

Mes garçons...

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